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4785 - El "género revolucionario" en la obra del escritor cubano Reinaldo Arenas

Le « genre révolutionnaire »   dans l’œuvre de l’écrivain cubain Reinaldo Arenas 

Alors qu’à partir de 1959 la Révolution cubaine prétend libérer tous les corps de la société et émanciper la femme (création de la Fédération des Femmes Cubaines en 1960), il s’agit avant tout, comme le soulignent Lefort [1] et Bloch [2] , d’utiliser l’activisme pour couler l’individu dans le moule de ce « citoyen idéal » que Che Guevara appelle « l’homme nouveau ». Parallèlement, dès 1961, la propagande castriste tente de maîtriser les arts en imposant le réalisme socialiste par la création de l’UNEAC ( Unión Nacional de Escritores y Artistas de Cuba ). La même année, les homosexuels – intellectuels ou non – sont les premières victimes du « puritanisme » révolutionnaire : lors de la « nuit des trois P », ils sont systématiquement raflés avec les prostitué(e)s et les proxénètes. De 1965 à 1968, ils sont déportés dans des camps de travail (UMAP) [3] . Arenas y séjournera et en fera le récit.  

Refusant de se soumettre au « paramétrage » de la société révolutionnaire, l’écrivain Reinaldo Arenas (1943-1990) mine – dans sa vie et dans son œuvre – toutes les normes sur lesquelles repose le système, transcendant son désir homosexuel en désir réellement révolutionnaire et subversif. Arenas oppose le « Corps sans Organes » deleuzien à l’organisation bureaucratique de la société. L’hyper-sexualisation de son écriture, l’expression de la multiplicité du désir et l’ambiguïté des genres, incarnée par le personnage grotesque de la « folle », l’humour parfois burlesque, dessinent des lignes de vie qui sapent la morale révolutionnaire des « barbudos », machiste et unidimensionnelle. La tonalité lyrique, absurde ou fantastique des récits, le mélange et la transgression des genres littéraires, les paradoxes de l’autofiction, permettent de tracer de puissantes lignes créatrices qui renversent l’académisme stérile du réalisme socialiste et élaborent – à partir des simulacres – un discours de vérité contre le storytelling de la propagande castriste.                  

[1] LEFORT, Claude (EHESS), Un Homme en trop. Essai sur l'archipel du goulag de Soljénitsyne , Paris, Le Seuil, 1975 / 1986.  
       
[2] BLOCH, Vincent (Doctorant en sociologie, EHESS), « Le Rôle de la terreur dans le genèse d’un pouvoir totalitaire à Cuba », COMMUNISME , n°83/84/85, 2005/2006          

[3] Voir notamment Michèle Guicharnaud-Tollis et Jean-Louis Joachim, Cuba : de l’indépendance à nos jours , Paris, Ellipses, 2007, pp. 152-153 et 162-167 et l’excellente Préface de Néstor Ponce, « Dans le collimateur : quelques moments clefs de la révolution cubaine (1959-1992) », in La révolution cubaine, 1959-1992 , (ouvrage collectif coordonné par N. Ponce), Nantes, « Questions de civilisation », Éditions du temps, 2006, pp. 7-18.                  

Palavras-chaves: Cuba, literatura, politica, identidad, Reinaldo Arenas

Autores: SOUQUET, Lionel (UBO, France / Frankreich)

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